Une exposition sur l'artisanat et les traditions des chasseurs de l'Altaï avec Beshlie McKelvie

Nomad – Une exposition sur l’artisanat et les traditions des chasseurs de l’Altaï avec Beshlie McKelvie

Nomade des temps modernes, Beshlie McKelvie est une créatrice dont la quête d’inspiration l’a menée dans les coins les plus reculés de notre monde. Ses collections textiles sont teintées de son travail anthropologique qu’elle a pu entreprendre en Amérique Latine, en Afrique ou encore en Asie. De plus, elle soutient activement tout projet social qui préserve les traditions artisanales,  « Mon travail est une fusion de tout ce qui me passionne : la beauté des traditions artisanales, l’authenticité du travail manuel et la responsabilisation des femmes marginalisées ». 

Ses collections actuelles soutiennent notamment un projet d’impression au tampon au Rajasthan avec l’ONG SEWA (Self-Employed Women’s Association), des projets de tissage en Argentine et en Bolivie, et un partenariat au Kenya avec la société MADE, pionnier du développement durable dans la mode. Sa prochaine initiative implique la création d’une coopérative de femmes travaillant le textile dans l’ouest de la Mongolie.

Discussion sur la broderie avec les femmes Kazakhs

Échanges sur la broderie avec les femmes de la tribu. Beshlie Mckelvie.

L’aventure Mongole a commencé comme une recherche de textiles, mais est vite devenue une mission pour documenter et préserver la culture des nomades Kazakh qui habitent les sommets arides et sauvages de l’Altaï.

Vallée dans les montagnes de l'Altaï. Photo de Pavel Kazachkov - 2008.

Vallée dans les montagnes de l’Altaï. Photo de Pavel Kazachkov – 2008.

La dernière des terres nomades

Terres frontalières, la chaîne de l’Altaï sépare l’Asie du Nord de l’Asie Centrale et chevauche 4 pays, la Russie, la Chine, La Mongolie et le Kazakhstan. Nous voici dans la région du Bayan-Ölgii à l’ouest de la rivière Khovd et du reste de la Mongolie.

Aujourd’hui les nomades Kazakh parcourent ces paysages déchiquetés de montagnes enneigées, de lacs immenses, de vallées et de steppes verdoyantes, comme l’ont fait avant eux leurs ancêtres des générations durant.

Ces cavaliers talentueux surmontent les conditions extrêmes de ces contrées sauvages, enveloppés de renard et couverts de broderie ils chassent, accompagnés de leur majestueux compagnon, le ‘Burkit’, le  grand aigle royal.

Nomade et son compagnon de chasse l'Aigle Royal

Nomade et son compagnon  de chasse l’Aigle Royal – Beshlie Mckelvie.

Ici, aucune agriculture n’est possible par manque de pluie. Les nomades tirent leurs subsistance d’immenses troupeaux de moutons et de chèvres, notamment les fameuses chèvres Liaoning productrices d’une laine cachemire de la plus haute qualité, qu’ils accompagnent au gré des saisons de vallée en vallée à la recherche des meilleurs pâturages. Plus le troupeau est grand, plus la famille est riche et respectée.

Ils peuvent paraître austères au premier abord, mais Beshlie nous dit qu’il ne faut pas se fier aux apparences,  « Les Kazakhs sont très fiers » mais sont aussi « humbles, chaleureux et ouverts aux autres. J’ai passé du temps avec une famille très accueillante et généreuse. »  Beshlie, la jeune créatrice, est un cavalier hors pair et ses talents d’équitation l’ont aider à “mieux communiquer avec les autres et tisser des liens avec eux.  Les chevaux font partis intégrantes de la vie et de la survie des Kazakh.  Nous nous sommes compris tout de suite, souvent sans paroles, par des gestes et le rire. »

Accueillie dans la famille, dans la tribu, Beshlie a pu prendre une série de photos émouvantes (exposées chez Storie du 30 avril au 31 mai 2014) et à apprendre beaucoup sur la vie quotidienne des nomades Kazakhs.

Les Kazakhs sont très fiers, mais sont aussi humbles, chaleureux et ouverts aux autres.

Beshlie Mckelvie à la chasse avec les nomades Kazakhs.

Beshlie Mckelvie à la chasse avec les nomades Kazakhs.

« Pour moi vivre en Mongolie, ce pays sauvage, ancien, plein d’histoires, de mythes et de rêves, fut un moment unique. J’avais rêvé de venir ici pendant des années. Dormir sous les yourtes dans la steppe, sous les étoiles, se laver dans les rivières sauvages et cuisiner au feu de bois…. Nous parcourions les montagnes au galop et la chasse commençait, dans une harmonie saisissante entre aigle et homme. C’est absolument extraordinaire. »

La grande chasse

La proie, un mouflon, un renard, parfois le loup gris lui-même, dévale la steppe en lançant des regards inquiets derrière lui, fuyant cette ombre qui le suit, inlassable, jusqu’à ce que d’un coup, du ciel, ne fonde sur lui une boule de plumes fulgurante. Quelques secondes plus tard, un cri perçant vient annoncer la victoire de l’Aigle redoutable. Le chasseur, lui, fonce à bride abattue vers son compagnon afin de récupérer sa proie avant qu’il n’en abime la précieuse fourrure, et lui offre, en échange, un beau morceau de viande fraiche.

La tribu est connue pour sa technique de chasse avec les aigles royaux, d’abord domptés puis entraînés.  Ceci fait partie intégrante de leur existence. Ces chasseurs sont connus sous le nom de ‘Berkutchi’. Ils vivent avec les « Rois du Ciel », les ‘Burkit’ depuis qu’existe la fauconnerie.  Entraîné correctement, l’aigle royal peut chasser et blesser des animaux de la taille d’un loup, mais seuls les aigles les plus forts sont envoyés à la poursuite du loup gris. Il faut des années pour maîtriser ces techniques et les secrets d’un chasseur accompli sont jalousement gardés. La chasse est le plus souvent solitaire, mais parfois, en mémoire de temps plus reculés, de grandes chasses sont organisées où les chasseurs se retrouvent et traquent du gibier plus imposant.

Chasseur de loup Kazakh et son Aigle Royal.

Chasseur de loup Kazakh et son Aigle Royal – Beshlie Mckelvie.

L’aigle royal, partenaire fidèle à la chasse, est traité comme un véritable membre aimé et choyé de la famille en dehors, mais le chasseur est seul autorisé à le toucher et le nourrir. Même si de moins en moins de ger abrite un Burkit de nos jours, il n’en est pas moins l’animal mythique qui nourrit les histoires et les légendes de ce peuple mystique. Le grand aigle royal, le chasseur parfait, le roi du ciel, celui qui, au moment de fondre sur sa proie, vous transmet un peu de sa force et de son courage.

Si les traditions de chasse représentent une extrémité de la vie nomade, leurs yourtes ou « ger » en mongole, est l’autre, toute aussi importante.  La « ger » est une structure en bois facile à transporter, qui peut-être montée et démontée au gré des besoins des nomades.

“La yourte Kazakh ou « kiizuy » qui se traduit littéralement par « maison en feutre » représente la yourte typique.  Elle incarne parfaitement le style de vie nomade qui perdure depuis d’innombrables générations dans la région centrale de l’Europe et de l’Asie. »  (John Hopper, The Textile Blog).

La ger des nomades Kazakhs

La ger des nomades Kazakhs – Beshlie Mckelvie.

Tout ce qui concerne la vie nomade est transportable.  Il n’y a pas de place pour les objets qui ne servent à rien.  Par conséquent, une étonnante créativité s’exprime dans les objets du quotidien tels que les tapis, l’ameublement ou les vêtements.

Le cheval est le compagnon indispensable du pasteur nomade Kazakh.

Le cheval Kazakh, descendant des chevaux sauvages d’Asie – Beslie Mckelvie.

10 choses dont vous avez absolument besoin pour devenir nomade.

  • Des chevaux sauvages, compagnons indispensables du pasteur, animal totémique du nomade pour qui il signifie la liberté et lui sert même d’unité de mesure des distances.
  • Des chameaux, pour porter la maison à chaque transhumance et donner un peu de son précieux poil pour fabriquer des cordes ou du fil.
  • Des moutons, pourvoyeurs de laine à la base de tout l’artisanat en feutre des nomades Kazakhs.
  • Des chèvres Liaoning pour le cachemire précieux dont la récolte assure la subsistance des éleveurs.
  • Des loups gris, adversaire ultime à la chasse et promesse de fourrures chaudes pour l’hiver.
  • Un Burkit, le grand aigle royal, partenaire de chasse, emblème de la tradition et compagnon de vie pour les chasseurs de l’Altaï.
  • Des terres sauvages pour trouver les pâturages des troupeaux de moutons ou de Yaks.
  • Une Ger, la maison du nomade, elle le protège du froid, de la pluie et du vent qui tour à tour battent ces terres sauvages et lui permet de recevoir en suivant la tradition d’hospitalité Kazakhe.
  • Un rouet pour filer la laine (une roue de vélo suffit) afin de produire le feutre indispensable à la fabrication de la yourte.
  • L’instinct de survie, qui seul dirige le nomade dans la tempête et la steppe gelée.

Entrons dans une « ger », une vue des textiles Kazakh à la maison.

Les traditions de textiles des nomades Kazakhs font partie intégrante de la construction de leurs foyers et de la vie quotidienne.

Les femmes maîtrisent la fabrication du feutre, la broderie et le tissage.  La yourte est recouverte de feutre, et la laine fournie par le bétail sert à différents usages selon l’espèce qui l’a produite.

« La laine du mouton est utilisée pour fabriquer le feutre qui recouvre la yourte l’été.  La laine d’agneau est utilisée dans la fabrication des tapis.  La laine de chameau, très résistante, est filée et fournit le fil solide qui assemble les tapis en feutre.  Les poils du cheval et du yak quant à eux sont utilisés pour faire de la corde. » (Dr. Anna Portisch, http://www.kazakhcraftswomen.co.uk/)

Les femmes du groupe sont responsables de la fabrication des textiles en laine, qu’elles récoltent elles-mêmes du bétail.

textiles de la maison nomade.

Textiles de la maison nomade – Beshlie Mckelvie.

“Les textiles Kazakh sont fabriqués à la maison, et non dans un atelier à part.  Une femme va trouver une heure ou deux dans sa journée entre la vaisselle du petit déjeuner et la préparation du déjeuner pour travailler sur un tapis en feutre ou sur une pièce de broderie.” (Dr. Anna Portisch)

Broderies des nomades Kazakhs.

Broderies des nomades Kazakhs, Beshlie Mckelvie.

Le Syrmaq, artisanat emblématique des nomades Kazakhs.

Tapis de feutre brodé emblématique des nomades Kazakhs.

Tapis de feutre brodé emblématique des nomades Kazakhs – Beshlie Mckelvie.

Le feutre est aussi utilisé pour les tapis et les couvertures « syrmaq » qui recouvrent le sol herbeux de la steppe. Récoltée, lavée, battue, bouillie, roulée, la laine d’agneau est transformée en une couche de feutre qui, doublée d’une deuxième, constituera la base du tapis. La deuxième couche, celle du dessus, est composée d’une mosaïque de morceaux de feutre colorés et contrastés soigneusement disposés en motifs et cousus à la couche inférieure avec du fil en poil de chameau en suivant les contours du motif. La pièce est ensuite matelassée pour assurer sa longévité.

Le Tus kiiz, le coeur de la yourte.

Tentures parant l'intérieur de la yourte

Des broderies très élaborées, ou “Tus kiiz”, décorent les murs et les meubles.  La « ger » peut contenir 6 ou 7 pièces de broderie, chacune ayant prit jusqu’à 200 heures à fabriquer.  Ici, rien est perdu.  « Le fil de nylon récupéré des sacs de farine de 50 kg sert à coudre les tapis ensemble”  (Dr. Anna Portisch) et les vieux vêtements sont fréquemment défaits afin de réutiliser laine pour la broderie.

Les motifs de ces broderies s’inspirent des arabesques de l’art islamique ancien, dessins complexes de formes géométriques réinterprêtant des formes végétales ou animales. Étant donné l’importance des chèvres ‘Liaoning’ dans la vie des nomades et qui sont gardées précieusement en troupeau par chaque famille, ce n’est pas surprenant qu’un des thèmes dominants de la broderie Kazakh soit un enchevêtrement de cornes de chèvres.

Une ‘ger’ totalement décorée peut-être l’aboutissement du travail de toute une vie, selon Beshlie. Les femmes des chasseurs nomades passent jusqu’à cinq mois par an durant les longs hivers glacés à broder les ‘Tus kiiz ’ pour la ‘ger’. Une jeune nomade commence à broder le jour de son mariage et n’aura de cesse de décorer la Ger tout au long de sa vie. Tout son travail est consacré à la maison.

Brodée à la main, le Tus Kiiz est réalisé au ‘point de boucle’, une chaine de boucles serrées obtenue en tournant le fil autour de l’aiguille à chaque point.

Il n’y a pas de marché organisé pour cet artisanat, même si de temps en temps les Kazakhs vendent quelques pièces dans les festivals ou à d’autres occasions pour gagner un peu d’argent.  Cet artisanat traditionnel est transmit de génération en génération, mais comme la vie de nomade devient de plus en plus difficile à maintenir, il est primordial de protéger et de promouvoir ces savoir-faire avant qu’ils ne disparaissent, une nouvelle mission pour cette jeune créatrice anglaise.  « Une coopérative de femmes serait formidable afin qu’elles puissent se rassembler et travailler ensemble.  Je rêve d’acheter une « ger » pour qu’elles puissent travailler en groupe.  Un centre où elles pourraient perpétuer leur artisanat et en vivre.

Un peu d’histoire : la longue route des Kazakhs

Être une tribu nomade au 21ème siècle devient de plus en plus précaire.  Les Kazakhs de Mongolie se retrouvent piégés aux confins de leur pays, obligés de lutter pour préserver leur identité.

Aujourd’hui la majorité des nomades Kazakh en Mongolie vivent dans la région de Bayan-Olgii dans le grand ouest du pays où ils représentent près de 4% de la population.  Une province autonome a même été créée en 1939 pour les Kazakhs.  La religion prédominante y est l’Islam.

Issus de Mongols et d’autres tribus nomades de l’Asie Centrale, ils ont créé leur propre identité, différente des autres tribus au sein d’un état puissant qui a perduré plusieurs centaines d’années jusqu’à l’expansion de l’empire de Russie au milieu du 18ème siècle. Beaucoup d’entre eux ont fui vers la région sauvage des montagnes Altai en Chine et en Mongolie.

Une vallée de l'altaï - photo matthew lee - 2010

Une vallée de l’altaï – photo matthew lee – 2010

L’introduction de frontières entre l’Union Soviétique et la Chine a eu pour conséquences de séparer les Kazakhs de Mongolie des autres membres de leur tribu.  Sédentarisés de force en Union Soviétique et dans la plupart de la Chine, la vie nomade n’a pu être préservée que dans les steppes sauvages et les montagnes de Mongolie, où beaucoup de Kazakhs ont trouvé refuge.

Après la dissolution de l’Union Soviétique et la déclaration d’indépendance de 1991, beaucoup de Kazakhs de Mongolie sont retournés au Kazakhstan, mais la vie moderne qui y règne n’accorde que peu de place aux traditions d’un peuple nomade.  Alors une fois de plus, leur mode de vie s’est trouvé de nouveau menacé.

L’exposition NOMAD du 30 avril au 31 mai chez Storie, par Beshlie McKelvie.

Uune exposition de photos, de textiles anciens et contemporains, inspirés des traditions des chasseurs Kazakhs.

Par le biais de ses photos, Beshlie essaie de raconter la vie d’un peuple fier et sage, qui lutte courageusement contre la persécution politique, géographique et sociale afin de vivre comme leurs ancêtres l’ont fait avant eux durant des siècles.  L’exposition associe la photographie, de merveilleuses pièces tribales et des créations contemporaines en cachemire, imprimées au tampon des motifs, couleurs et histoires de ces terres lointaines.

La collection Beshlie Mckelvie

Echarpes en cachemire Beshlie mckelvie

Cachemire précieux

Motifs, couleurs et histoires inspirées de ces terres lointaines et mystérieuses pour ces écharpes en cachemire finement tissées et imprimées à la main au Rajahstan.

Disponibles chez Storie et sur www.storieshop.com.

Sacs Tus Kiiz par Beshlie mckelvie

Pochettes kazahks vintage

Superbes trousses en cuir piqué de pièces anciennes de broderies Kazahk tissées main. Design par Beshlie McKelvie.

Disponible uniquement chez Storie au 20 rue delambre, 75014, Paris.

Sources :

Merci à Beshlie McKelvie,  Leena Bhatti, Dr Anna Portisch et Hal Wyn-Jones.
Partagez si ça vous a plu !

3 Responses to "Nomad – Une exposition sur l’artisanat et les traditions des chasseurs de l’Altaï avec Beshlie McKelvie"

  1. Lemarié Daniel
    Lemarié Daniel 2 années ago .Répondre

    Superbe renseignement dans tous les domaines. Merci

    • storie
      storie 2 années ago .Répondre

      Merci pour les encouragements ! On va continuer à vous rapporter de belles histoires…

  2. Gigi Pator
    Gigi Pator 6 mois ago .Répondre

    Magnifique ! Une expo en Finistère serait la bienvenue !!!

Laisser un commentaire