Pollution plastique à Accra, Ghana

Un trésor de sacs plastique recyclés, Facteur Celeste au Burkina Faso

Les ordures plastiques sont un fléau pour les rues et les campagnes de Ouagadougou, ainsi que pour de nombreuses autres régions d’Afrique et du monde, mais au Burkina Faso, un des pays les plus pauvres qui soient (classé 183ème sur les 186 pays de l’index du développement humain des Nations Unies), le ramassage et la réutilisation des déchets permettent à certains de subsister, à d’autres, ouvrent une nouvelle voie vers la prospérité.

Les trottoirs de Ouagadougou étonnent aujourd’hui par l’absence d’ordures ménagères, c’est une ville propre et bien entretenue. C’est en partie grâce à de multiples initiatives à travers tout le pays qui tentent d’enrayer la menace des déchets plastiques. C’est une bataille au quotidien pour collecter et recycler l’infinité de petits sacs qui accompagne tout achat d’un fruit, 100g de noix, ou encore d’un rouleau de papier toilette.

Dechets plastiques et recyclage a Ouagadougou

Le ramassage et le recyclage concernent surtout des femmes en difficultés qui n’ont pas accès à d’autres emplois.

Le plastique met plus de 100 ans avant de se dégrader. Il est tellement résistant et bon marché que son utilisation a continué d’augmenter dans de nombreux pays malgré la pollution rampante des espaces urbains puis naturels. Même au loin dans le désert, il n’est pas rare de voir des petites tornades de sacs plastique s’élever vers le ciel, ou encore un acacia étouffé sous une parure de sacs multicolores.

Il y a de plus en plus d’initiatives qui se mettent en place pour tenter, une goutte après l’autre, de vider cet océan de pollution, notamment au Burkina Faso, mais faute d’infrastructures adéquates, la plupart des déchets finissent dans des décharges ouvertes au 4 vents.

Cependant, une nouvelle économie de subsistance est en train de se développer à Ouagadougou grâce à la récupération et au recyclage des déchets. Collecteurs (officiels et officieux), usines de traitement ou encore artisanat de récupération, le déchet du Burkina Faso offre à bon nombre d’hommes et de femmes un moyen de subsister, et trouve souvent une seconde vie là où on ne l’attendait pas.

Aminata, Awa et Béatrice font partie de SWOP (Sachets Worodogo Ouagadougou Paagba), une coopérative de femmes au nom révélateur qui signifie littéralement “les femmes qui tressent les sacs en plastique au crochet”. Le groupe se compose de 35 femmes qui retraitent le plastique et le tressent. Accompagnées par une association française remarquable, “les filles du facteur”, elles produisent des créations originales à partir de sacs plastique recyclés qui suscitent l’intérêt des amateurs d’artisanat et de design de la pointe sud de l’Afrique jusqu’aux confins de l’Europe polaire…

Les femmes de l'association Les filles du Facteur. Photo Ronnie Avenel.

Quelques unes des femmes du SWOP qui tressent le plastique pour les Filles du Facteur, l’association de Facteur Céleste à Ouagadougou.

La créatrice Française de la marque d’accessoires “Facteur Céleste”, Delphine Kohler, fonde l’association “les filles du facteur” en 2008 dans le village où elle emménage un an plus tôt. En travaillant le design et les procédés de fabrication, elle permet à ces femmes souvent marginalisées de vivre de leur savoir faire artisanal, tout en agissant pour l’environnement.

Des femmes qui tressent les sacs plastique recyclés, le procédé.

À l’origine, le design était proposé par Delphine, la créatrice du projet, qui est styliste. Devenue Directrice artistique, ce sont les femmes qui aujourd’hui proposent leurs créations. Celles qui sont retenues sont ajoutées au catalogue et reproduites par l’ensemble des femmes. Pour fabriquer un objet, on commence par collecter des sacs plastique usagés, en France et au Burkina Faso. Les sachets sont alors soigneusement nettoyés puis découpés en fines lamelles. Ces fils sont ensuite crochetés, à la main, comme vous le feriez avec de la laine. La technique du crochet prend du temps, (http://www.facteurshop.com/ fr/corbeilles-facteur-celeste/102-adissa.html) il faut 4 jours de travail intensif pour confectionner une corbeille ADISSA.

Les femmes travaillent le plastique recycle au SWOP

Les femmes du SWOP tressent ensemble dans les meilleurs conditions, plus qu’un travail, ces coopératives leur offrent un lieu sûr où elles se retrouvent et s’entraident, un liant social que beaucoup de ses femmes ont perdu au cours de leur existence.

Les femmes de l’atelier burkinabè sont des femmes en grande difficulté, handicapées, filles-mères, femmes isolées…

L’interview du Facteur Céleste.

Storie avait quelques questions à poser aux Filles du facteur pour mieux nous aider à comprendre le projet, Elise Vanweydeveldt, Chargée de Communication et du Développement de l’association, nous répond.

Storie : Pourquoi aussi collecter des sacs en plastique en Europe alors qu’ils sont déjà si nombreux au Burkina Faso ?

EV : Le sachet noir règne sur le Burkina Faso. Depuis peu des sachets blancs commencent à apparaître, mais c’est assez marginal. C’est pour cela que nos premières collections en sacs plastique recyclés étaient entièrement noires. Très vite, les femmes ont demandé de la couleur. Par ailleurs, en France, ce n’est pas parce qu’on voit peu de déchets dans la nature qu’ils n’existent pas. Malgré la fin de la gratuité des sachets plastique dans les grandes surfaces, nous consommons aujourd’hui encore énormément de sacs jetables ! Sur les marchés, pour nos fruits et légumes, pour nos achats de vêtements… Aucun bac de tri n’est prévu pour les collecter car aucune solution durable n’a encore été identifiée. Les Filles du Facteur s’y sont attelée et ont mises en place des points de collecte en France. Depuis 2012, nous avons récupéré plus de 12 000 sachets, emmenés par la suite dans nos bagages à Ouagadougou.

Storie : Vous travaillez avec plus de 30 femmes aujourd’hui, que se passe-t-il si il n y a pas de nouvelles commandes, les femmes ont-elles un autre travail ?

EV : Les femmes de l’atelier burkinabè sont des femmes en grande difficulté, handicapées, filles-mères, femmes isolées… La plupart n’ont jamais eu accès à un véritable emploi avant la création de cette activité. Elles travaillent sur commande, et il peut y avoir des temps morts, mais ils ne durent jamais ! Grâce aux revenus qu’elles obtiennent en crochetant, elles améliorent durablement leurs conditions de vie, et gagnent suffisamment pour se créer une petite épargne, qui les met à l’abri du besoin en cas de baisse de l’activité. Par ailleurs, c’est dans ces moments qu’elles ont le temps de créer les modèles qui seront intégrés aux collections. L’association les accompagne également pour vendre leurs propres produits au le marché local.

Storie : Le nom, pourquoi  » les filles du facteur » ?

EV : Delphine Kohler a créé la marque Facteur Céleste en 1992, et qui montre son attachement aux opportunités qui transcendent les gens et les choses. A l’époque, elle fabriquait des sacs, et des zoris, ces tongs japonaises traditionnelles. Très impliquée dans les réflexions sur la gestion des déchets et les problématiques environnementales, Delphine a décidé de s’y consacrer à 100% et de créer ces produits à forte valeur, à la croisée entre environnement et humain. Elle a conservé sa marque de mode, qui a logiquement donné son nom à l’association qui met en oeuvre ce projet de femmes.

Storie : Pourquoi Delphine est-elle venue au Burkina, et comment a-t-elle eu l’idée de créer les filles du facteur ?

EV : Delphine Kohler a vécu en Haute-Volta (ancien Burkina Faso) à l’âge de 25 ans et n’a jamais coupé les liens avec cette terre. Elle y revient en 2007 et décide d’y ouvrir une maison d’hôtes. Le stylisme et le design l’ont rattrapée; elle se met à crocheter le plastique et tombe amoureuse de la matière.

Storie : Comment sont formées les femmes ?

EV : La technique du crochet est à la portée de tout le monde : en 5 min vous y parvenez ! La suite n’est que perfectionnement. Confectionner des objets, respecter les proportions et les courbes ou les angles s’acquiert avec le temps et la pratique. Au départ, les objets étaient plutôt simples. Après 4 ans de travail sur les produits Facteur Céleste, les femmes sont désormais des expertes dans le domaine; elles utilisent d’autres points, d’autres techniques qui rendent les produits uniques. Sur nos derniers objets, il est très difficile de se rendre compte qu’il s’agit à l’origine des sacs plastique recyclés !

Storie : Comment payez-vous les femmes, au panier ?

EV : Les femmes sont payées à la pièce. Notre objectif est que chacune d’entre elles reçoivent l’équivalent du salaire moyen burkinabè chaque mois. Nos prix sont fixés en respect du temps de travail des femmes, et au-dessus des normes nationales. Ils sont fixés en accord avec l’ensemble des femmes et sont justes, comme le prouvera bientôt notre label Ecocert (en cours d’audit).

Storie : L’avenir ?

EV : La demande de nos produits est forte, et les femmes redoublent de créativité et d’inventivité. Nous allons créer d’ici la fin de l’année un deuxième atelier au Burkina Faso pour un nouveau groupe de femmes, avec qui nous travaillons ponctuellement. Du côté de la France, nous allons multiplier les points de collecte, pour amener de la couleur dans nos produits. Une coopérative de femmes en difficultés, majoritairement issues de la migration, sera également créée à Montreuil durant les prochains mois. Les Filles du Facteur ce sont réellement les femmes d’ici et de là-bas.

Les filles du facteur

Les produits de cette association qui nous veut du bien nous parlent de créativité, d’ingéniosité et d’intégrité. Chaque objet est crocheté à la main au Burkina Faso à partir de sacs en plastique recyclés. C’est un projet qui créé de l’emploi pour nombre de femmes en grande détresse, promeut le savoir-faire artisanal et porte un message très fort de sensibilisation environnementale. C’est un esprit de solidarité, porté par sa fondatrice Delphine Kohler, qui anime aujourd’hui l’association. Des valeurs qu’évidemment nous partageons chez Storie.

Astuce : Comment faire sa propre bobine de fil plastique à crocheter
Faire son fil en plastique recycle
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7 Responses to "Un trésor de sacs plastique recyclés, Facteur Celeste au Burkina Faso"

  1. Elyane
    Elyane 2 années ago .Répondre

    Beau Partage!… J’ai moi-même confectionné des pochettes crochetées en bolduc ( rubans des cadeaux) sympa! alors que tout le monde les jettent après avoir reçue leurs présents.
    Sans commentaire…

  2. Micheline Bédard
    Micheline Bédard 2 années ago .Répondre

    VIVA LES FEMMES D’AFRIQUE !

  3. Béatrice Wright
    Béatrice Wright 2 années ago .Répondre

    Bravo pour tant d’ingéniosité! Je souhaite faire un projet au Ghana de recyclage de plastique et de création d’objets tels des tables et des chaises en utilisant la créativité des personnes qui formeront cet atelier. En fait, je souhaiterai mettre une petite affaire sur pied pour la leur laisser ensuite et la dupliquer. Peu de moyens mais pas mal d’idées et d’énergie. En tous les cas, votre projet est super, toutes mes félicitations!

  4. volet alphonsine epse gadou-bi
    volet alphonsine epse gadou-bi 1 année ago .Répondre

    félicitation et encore bravo! je souhaite faire un projet en cote d’ivoire de recyclage de plastique et de création ainsi que de la laine car je suis une amoureuse de la laine en cochet et avec les aiguilles.

  5. Christine Sas
    Christine Sas 12 mois ago .Répondre

    Très bien !
    Je garde mes sacs plastiques de couleur depuis que j’ai lu cet article.
    Mais à qui, comment et où les donner ?
    (Je travaille à Paris)

  6. koita
    koita 6 mois ago .Répondre

    bonsoir, je reviens du mali est je cherchais justement un projet comme le votre c est tres bien. j aimerai pouvoir faire la meme chose ….

  7. LIENARD
    LIENARD 5 mois ago .Répondre

    Bonjour, oui BRAVO, je viens de voir l’émission de « Mille et une vies avec F.Lopez. aujourd’hui même. Je trouve cette histoire émouvante et surtout de partage. J’aimerais pouvoir acheter des articles, sur quel site je peux aller… j’attends de vos nouvelles, et encore Merci à Delphine Kohler qui à eu une idée superbe…donnez du travail à ceux qui n’en ont pas . EXCELLENT

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