Wolf & Maiden, maroquinerie de luxe ou la poésie dans la peau.

Certains d’entre nous ont eu la chance de se voir confier la belle mallette en cuir d’un aïeul. On se rappelle encore le voir la poser en entrant quand il venait déjeuner le dimanche. On était curieux de son contenu. On l’a même effleurée de la main une fois ou deux tout en jetant un coup d’oeil coupable vers la salle à manger animée. Aujourd’hui, elle est sur vos genoux, vos doigts frémissent au contact des initiales imprimées dans le cuir, et ces souvenirs vous reviennent.

Cette chance se fait de plus en plus rare. On en serait presque satisfait de voir sa valise survivre au voyage de retour…

Et puis on rencontre quelqu’un qui vous fait voir les choses différemment. Au détour d’un des voyages de Storie sur la trace de ceux qui produisent avec les mains et le coeur, nous sommes tombés sur Wade Ross Skinner, un artisan véritable, épris de beauté et de simplicité, qui nous a rappelé à quel point il est important de chérir et de transmettre.

Wade Ross Skinner - Poète du cuir

 Wade Ross Skinner – Poète du cuir. © Roman Jehanno

Maitre Skinner est artisan du cuir. Ça ne s’invente pas. Il ne l’était pas il y a un an, jusqu’à sa rencontre en Inde avec un tanneur Français, moment qu’il qualifie de “fortuité divine”. Armé d’une volonté de fer et d’un coeur vaillant, il s’est formé lui-même à son retour au maniement des peaux et aux secrets de la maroquinerie de luxe. Son incroyable créativité et son incorrigible romantisme ont fait le reste. Wade est un personnage entier, sans compromis, et sa soif d’aventures lui vient tout droit de ses idoles, omniprésentes. Steve McQueen, Paul Newman, Kerouac, Newton, ses créations portent le nom de ceux qui les ont inspirées. La célèbre devise de l’aventurier Jacques Coeur, il la porte fièrement au bras comme pour ne pas oublier, “À coeur vaillant, rien d’impossible.”

La pointe du Cap

 La pointe du Cap. © Roman Jehanno

Le Cap, Afrique du Sud.

D’abord, je voudrais dire qu’il y a quelque chose de spécial qui fait battre le coeur de cette ville, une énergie créatrice qui la parcourt, se retrouve dans l’ingéniosité des artisans de rue, l’audace des petits studios de design qui surgissent partout dans les quartiers vibrants comme Woodstock, une énergie qu’on suit jusque dans le faste et le raffinement des artisanats de luxe et des galeries d’art de Long Street. Wade est l’un des porte drapeaux de cette renaissance. Il m’a dit quelque chose alors qu’on marchait dans une rue foisonnante d’activités qui m’a paru alors d’une simplicité éclatante, il m’a dit : “Ici en Afrique du Sud, il n’y a pas de travail. Si tu veux un emploi, il faut le créer toi même.” On comprend mieux ce fourmillement qui naît, certes, de la nécessité, mais qui donne le sentiment paradoxal d’une certaine opulence.

Dans l'atelier de Wolf and Maiden

 Dans l’atelier de Wolf and Maiden. © Roman Jehanno

Il nous invite à entrer dans un atelier aéré, lumineux. On est bien chez un maroquinier. Le cuir est partout, dans toutes ses formes. Le parfum est riche, presque sucré. Ça sent le cuir, le bois, l’homme et le café. L’équipe s’affaire. On s’active de toutes parts, les bureaux côtoient les ateliers, les artisans se mêlent aux commerciaux, toutes les langues et les ethnies du sud de l’Afrique se mélangent dans un bouillon de culture fertile. On ne peut s’empêcher de voir le regard fier et complice de Wade alors qu’il contemple ses équipes au travail. En moins de 2 ans, il est passé d’un rêve de gosse, à un atelier de plus de 20 personnes produisant une collection qui s’illustre bien au delà des frontières de son pays. Après s’être formé, il a initié un compagnon avec qui il a fabriqué ses premières pièces. Aujourd’hui, ce savoir est enseigné aux nouveaux arrivants, dont beaucoup trouvent ici un emploi qu’ils ne pouvaient espérer dans les townships.

Portrait de chez Wolf and Maiden

 Portrait de chez Wolf and Maiden. © Roman Jehanno

La philosophie qui régit son oeuvre est limpide. Plus c’est simple, plus ça résiste au temps, et plus ça devient beau. Wolf and Maiden conçoit, à partir des meilleurs matériaux qui soient, des accessoires avec le moins de points d’usure possible. Il est convaincu que la simplicité est l’ultime sophistication, que la fonction doit dicter la forme, que des matériaux de qualité qui respectent l’environnement rendent plus heureux, et que les Japonais et les Scandinaves savent faire du bon design.

Le Kerouac Duffel Bag par Wolf and Maiden

 À porter à l’épaule lors de tout road trip. © Roman Jehanno

Wade est un designer avant tout. Il tient ça de son père ingénieur. Il a apprit tout gosse à démonter et remonter tout ce qu’il pouvait attraper. C’est ainsi qu’aujourd’hui, il peut imaginer des formes en apparence simples, mais de conception très complexes. Ne vous méprenez pas, les sacs Wolf & Maiden sont extrêmement bien designés. Il nous montre le patron de “l’Abenteuer”, un sac de voyage qui en ferait rougir certains chez Louis Vuitton. Sa forme unique a été pensée pour contenir un maximum de choses sans pour autant entraver la marche, une véritable icône en devenir de la maroquinerie de luxe.

L'Abenteuer par Wolf and Maiden

 L’Abenteuer par Wolf and Maiden, pensé pour ne pas entraver la marche. © Roman Jehanno

Ce qui est frappant, c’est la taille des pièces de cuir, et le petit nombre de coutures. Il nous explique que les coutures se fragilisent avec le temps. Alors il les fait toutes dans le fil le plus résistant qu’il ait trouvé, et à la main, afin que chaque point soit le plus serré possible. Après bien des années, la couture s’affaiblira, mais il sera ainsi très facile de la reprendre.

Un autre exemple flagrant de cette philosophie, le portefeuille “Tsuyoi” (Japonais pour Solide). Ici pas de couture, pas de colle ni de rivet. Ce portefeuille s’inspire d’un origami du 18 ème siècle et a été conçu à partir d’une seule pièce, pliée.

Le portefeuille origami Tsuyoi par Wolf and Maiden

 L’Abenteuer par Wolf and Maiden, pensé pour ne pas entraver la marche. © Roman Jehanno

Le choix du cuir est aussi un facteur de résistance. Mise à part quelques produits fabriquées dans du cuir de Kudu, une antilope de ces contrées, et dont la peau est souple et légère, toute la collection est taillée dans un cuir de sellerie au tannage végétal, très épais, le plus robuste qui soit, issu de la seule tannerie d’Afrique du Sud qui respecte les normes Européennes.

Chaque accessoire est choisi avec soin, et testé pour sa robustesse. Wade a longtemps refusé d’utiliser des fermetures éclair avant qu’il ne trouve un fournisseur Allemand qui lui garantissait une fiabilité à toute épreuve. Enfin, tout l’accastillage est en étain, usiné sur place (même les rivets), et éprouvé par le créateur lui même.

Wolf & Maiden nous offre la chance de chérir une pièce rare, et de la transmettre à notre tour. L’occasion de renouer avec une tradition de qualité et d’héritage qui fait tant défaut aujourd’hui. C’est l’histoire d’un artisanat bien fait, hors du temps, et simple, pour être robuste.

Toute l'équipe de Wolf and Maiden

 Toute l’équipe de Wolf and Maiden. © Wolf and Maiden

Wade Skinner est un rêveur tatoué qui souffle un peu de fraîcheur sur la maroquinerie de luxe. Ce qu’il se souhaite ? Que ses accessoires trouvent des passionnés prêts à les accueillir dans leur vie, comme ils le feraient d’un nouveau compagnon. Votre sac ou votre portefeuille Wolf and Maiden va voyager avec vous, il vieillira à vos côtés. Le cuir va vivre nous dit-il. Il doit vivre ! Il va s’égratigner, se tacher, se marquer, mais ce cuir va s’embellir avec le temps. Sa teinte va évoluer, puis se trouver une personnalité qu’il conservera toujours. Il fera partie de vos souvenirs, et c’est cette mémoire, et pourquoi pas quelques anecdotes coquasses, qu’il vous ravira de transmettre.

Alors si, comme moi, vous vous êtes interrogé sur ce que vous pourriez léguer à vos proches, Wolf & Maiden a peut-être pour vous un début de réponse…

Toute l'équipe de Wolf and Maiden

 Roman Jehanno – Photographe

Roman Jehanno est un photographe passionné par les métiers et les hommes. C’est à travers leur activité qu’il a choisi de les découvrir. Après des mois à parcourir la France et l’Europe à la recherche du coeur des hommes à l’ouvrage, il croise le chemin de l’équipe de Storie, et c’est ensemble, avec une envie commune et un certain sentiment d’urgence, que nous nous sommes lancés l’incroyable défi de documenter et de partager le savoir-faire des artisans du monde avant qu’il n’ait disparu, et avec lui une partie de l’histoire des hommes et des passions qui l’animent.

Découvrez son oeuvre sur www.romanjehanno.com

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